RRS:

 

Emily Loizeau

A l’autre bout du monde


Paris 

16/03/2006 - 

Avec son premier album L'autre bout du monde, à la fois sentimental et mutin, mélancolique et soyeux, Emily Loizeau est une des fortes premières révélations de l’année.



 

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On se laisse prendre dès les premières mesures. Une douceur voilée de mélancolie, un mélange singulier de sourire et de peine, comme peuvent en produire les dernières étreintes ou certaines retrouvailles. A l’autre bout du monde s’impose d’emblée comme un des chocs de l’année : dès son premier disque, Emily Loizeau montre un tempérament et un talent nouveaux dans le paysage français, après avoir écumé les scènes depuis un an et demi (entre autres en première partie de Tryo).

Audace rare au premier album, elle a choisi de réaliser elle-même son disque : "J’avais les pétoches mais j’avais envie d’un son bien particulier, infiniment simple, le plus proche possible de mon piano-voix. En écoutant l’albumNino Rojo de Devendra Banhart, je me suis dit que c’est ce que j’aime : avoir l’impression d’être dans la pièce, de voir les gens jouer."

Piano classique


 

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Alors c’est elle qui a commandé, épaulée par Frank Monnet. Ce n’est pas une folle de technique mais elle appartient à cette génération qui possède forcément le minimum, "un Mac avec une M-Box, Pro Tools, deux micros qui trainent…" Elle ne vient pas du home studio et de son autarcie moderne, mais de la discipline ancienne du piano classique. Quelques années à huit heures par jour mais Emily se dit "loin d’être une enfant prodige. Ça demande beaucoup de travail et c’est un milieu super compétitif. Je n’avais pas les nerfs pour ça." Elle en conserve une belle technique au piano ("et j’ai beaucoup perdu… ") et parfois de beaux moments, comme d’avoir trouvé la partition des Suites anglaisesde Jean-Sébastien Bach dans le studio et, le dernier soir de l’enregistrement, de les avoir longuement jouées, comme une clôture sereine au travail sur son disque.

La chanson et Bach ? Cela ressemble à son enfance, entre les Moments musicauxde Schubert sur lesquels elle s’endort, enfant, devant la cheminée, et la découverte de Dylan. Puis, plus tard, Nina Simone, Tom Waits, Randy Newman, Rickie Lee Jones : "Mon inspiration vient beaucoup de là : dans le son, dans les textes de la musique anglo-américaine des années 70. Comme j’habite en France, il y a plein d’autres choses : Brassens, Barbara, Jeanne Moreau… "Son père est français, sa mère anglaise. C’est d’ailleurs peut-être le secret de son absence d’accent dans ses quelques chansons en anglais et du plaisir oblique qu’elle trouve à faire chanter en français Andrew Bird (Mlle Loizeau et M. Bird ensemble, on croirait une blague !) sur le très mélancolique London Town.

Des rêveries désespérées sous le sourire


Sa première chanson ? A la mort de son père, elle met en musique un texte qu’il avait publié, dans les années 50, dans un recueil de poèmes de jeunesse. Puis elle n’a plus cessé, entreprenant un chemin de chansons qui touche souvent à l’enfance, à la déprise, à la mort, à l’absence. Des gravités cachées sous des comptines, des douceurs volontiers vénéneuses, des rêveries désespérées sous le sourire…

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A trente et un ans, elle a déjà beaucoup connu de son métier, à commencer par les "cabarets où on n’est pas payé très cher, ceux où on passe le chapeau". Une étape indispensable pour les chansons. "Il faut un sacré courage chez certains pour se lancer dans le disque sans être passés par la scène. J’adore travailler en studio mais c’est la scène qui nourrit tout le reste, la scène qui permet un retour cash et vrai sur les chansons."Elle s’installe pour plusieurs semaines au Théâtre La Comédia, encadrée d’un violoncelliste et d’un batteur, dans un spectacle scénographié par un de ses anciens camarades de théâtre. Car elle a aussi été assistante à la mise en scène de deux créations de Georges Aperghis, entre musique contemporaine et jeu théâtral, Machination à l’Ircam pour le festival Agora puis Hamlet machine de Heiner Müller avec une promotion du Conservatoire de Paris. 

Emily Loizeau a eu quelques bonnes fées à l’orée de sa carrière dans la chanson, comme Vincent Segal à qui elle avait envoyé ses premières démos et qui lui a donné quelques conseils (comme de s’intéresser aux chansons de Frank Monnet). Débarquant dans un paysage qui a vu le couronnement de Camille aux Victoires de la musique, elle note, ces derniers temps, l’"énorme coup de projecteur, qui en devient presque excessif et dangereux, pour les chanteuses. On veut des chanteuses. Il est clair que j’appartiens à ce phénomène."Mais, dans l’époque présente, elle note surtout "une soif d’aller vers l’essentiel, on entend des choses très brutes, très naturelles, assez roots. Je pense à des Coco Rosie, Devendra Banhart, Camille, des projets gonflés comme ça, qui retrouvent la spontanéité, qui ne pensent plus aux singles en radio. J’ai l’impression d’une génération qui cherche la simplicité dans le son, la manière de faire, la manière d’être."

Emily Loizeau A l’autre bout du monde (Fargo/Naïve) 2006

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